

Si pour l’opinion publique l’expression populaire “bò katedral” charrie un ensemble de pratiques feintes, des choses factices ou contrefaites, pour l’amoureux d’art et de littérature et le présentateur de l’émission « LA POESIE, LA POESIE, LA POESIE », Ricardo Boucher, cette expression symbolise un assemblage de vécus, de bonnes mœurs de la société haïtienne.

Origine de l’expression
“Bò katedral” expression devenue virale et transformée en slogan populaire depuis fin 2020, est liée aux services de dépannages d’articles ménagés, d’appareils électroniques, de vente de presque tout, etc. qu’offrent des gens issues de divers quartiers défavorisés entre les rues Docteur-Aubry, Pavée et rue des Miracles, non loin de l’ancienne cathédrale Notre Dame de l’Assomption de Port-au-Prince, que l’on considère souvent de mauvaises qualités. Elle est aussi employée pour parler d’un événement, d’une situation, d’une chose, pour marquer une réalité que l’on veut ironiser.
Un lieu d’indépendance économique
Au long des rues Docteur-Aubry, Pavée et rue des Miracles où l’on trouve plusieurs centaines de commerçants, de dépanneurs
électroniques. C’est un espace où des jeunes, adultes, et vieillards issues des quartiers populaires gagnent leur vie en toute dignité et répondent aux besoins de leur famille, sans rien attendre d’une instance étatique. Selon Ricardo Boucher au micro du journaliste Isaac LEO à l’émission ENTREVUE, à “bò katedral” les gens sont autonomes et indépendants. Ils n’ont pas besoin de travailler dans une entreprise quelconque pour subvenir à leurs besoins.
Un espace social où l’entraide se manifeste
Alors que l’accoutumance du vivre ensemble, d’aider son prochain perd tout son essence avec l’accroissement du chacun pour soi, les utilitaires de “bò katedral” s’aident mutuellement et aident des personnes en difficulté qu’ils n’ont pas besoin de connaitre. Monsieur Boucher a relaté: ” Dans mon quartier, étant au lycée, j’avais des gars qui œuvraient à la rue Docteur-Aubry qui me donnaient des argents de poche pour l’école et m’encourageaient à ne pas laisser l’école alors qu’eux, ils ont abandonné.”
À “bò katedral” tous les marchands sont solidaires, pas question de vendre un objet ou de fournir un service à un prix qui n’était pas déjà fixé, ce qui expliquait leur niveau de fraternité.
Bò katedral n’est plus, aujourd’hui, les activités sont totalement ralenties. Ce sont les gangs armés qui font la loi. Entre temps, nous assistons à l’expansion d’une idéologie négative au rapport à “bò katedral”. Dans l’imaginaire des jeunes cette périphrase est synonyme de contrefaçon. Bò katedral peut elle encore devenue ce qu’elle était 10 ans de cela? Ne nous dirigeons pas tout droit vers l’élimination d’un autre espace socio-économique symbolique de la société comme Croix des bossales?
Ansiana LAROSE
